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Peut-être aurais-je dû faire ce deal avec Salsa, cela m'aurait évitée de me retrouver ce dimanche matin aux urgences ! Salsa est une jument plutôt ronde ce qui la rend très agréable à monter mais ne facilite pas le sanglage. En général, je sangle léger au boxe puis je resangle franchement au moment de monter car les chevaux se gonflent, une astuce pour limiter le serrage. Bref, pensant que j'avais suffisamment sanglé, je monte sur le montoir, mets le pied à l'étrier et m'élance sauf que là : patatras, la selle tourne complètement sous la poussée de ma jambe gauche et je me retrouve à faire le grand écart à la manière des filles du Crazy Horse avec en prime une jolie douleur dans le genou droit, jambe sur laquelle je me suis brutalement réceptionnée. A ce moment précis, l'urgence n'est pas mon genou mais la selle. Salsa n'a pas eu peur, mais je dois rapidement désangler et remettre le tout correctement afin d'éviter qu'elle ne se blesse et ensuite... je dois remonter.

Le cours se passe normalement, mon genou me titille un peu, mais sans plus. L'après-midi se déroule avec celui d'Alice. Puis, nous rentrons à la maison et j'ai de plus en plus de difficulté pour marcher. Je prends 1 g de paracétamol, masse avec un gel et me dis que la jambe au repos toute la nuit, ça devrait aller. Mais, ce dimanche matin, la réalité est toute autre : mon genou est enflé. Me maintenir debout reste douloureux. Nous sommes dimanche : soit j'attends de voir mon médecin traitant au risque de ne pas avoir de rendez-vous ce lundi, soit je me rends aux urgences de la clinique ou de l'hôpital. J'opte pour la clinique.

Nous sommes arrivés aux urgences à 11 h 45 où je suis rapidement prise en charge par une secrétaire qui me demande carte vitale, carte de mutuelle, carte d'identité et une description succincte des symptomes.
12 h, je passe à peine en salle d'attente qu'un infirmier vient me chercher et me pose d'autres questions :
- "Bonjour Madame, alors vous avez un problème de cheville.... "
- "Non, c'est le genou"
- "Ma collègue s'est trompée, elle a indiqué cheville"
- "Désolé, mais c'est bien le genou droit"

Aïe, ça commence mal.
Puis il me conduit dans un box (tient ça me rappelle quelque chose), me demande d'oter mon pantalon, me fait allonger sur un lit et m'informe qu'un médecin va venir me voir.
A ce moment là, je me dis : quelle organisation, ça ne traîne pas ! Pour meubler le temps, j'essaie de lire ce qui est affiché au mur, c'est un peu loin et écrit petit mais je déchiffre tout de même : minimum d'attente 1 h 30. Délai tout à fait normal, je ne suis pas toute seule et puis mon cas est loin d'être une priorité. Je patiente dans mon box clos (manque plus que la paille et l'abreuvoir, d'ailleurs j'ai soif et une sérieuse envie d'aller aux toilettes).
Le temps s'écoule, il est 13 h, puis 14 h, puis 14 h 30.
Toc, toc, une jolie frimousse passe la tête :
- "Bonjour Madame HUBERT, je viens vous chercher pour vous faire passer une radio."
Petit tour en fauteuil roulant, chouette, ça bouge enfin. Mais mon optimisme va être de courte durée, arrivée devant la salle de radiologie, on me demande :
- "Vous êtes bien Mme HERBERT"
- "Non, moi c'est Mme HUBERT mais vérifiez car votre collègue a déjà confondu le genou avec la cheville, il peut y avoir une erreur d'orthographe dans mon nom"
La manipulatrice me répond :
- "Non, ce n'est pas possible, j'attends une jeune fille de 13 ans".
Là effectivement, mon amour propre en prend un sérieux coup. Je sais bien que la chirurgie esthétique fait des merveilles de nos jours mais de passser de la soixantaine à la quinzaine, là ça tient du miracle. Retour au box en fauteuil où l'aide soignante m'informe qu'elle va revenir me chercher plus tard :
- "Je patiente dans le fauteuil"
- "Non, on risque d'en avoir besoin, vous retourner dans le lit".
Et c'est reparti pour un nouvel égrenage de minutes : 15 h, 15 h 30, puis toc, toc, là c'est un grand Monsieur en blouse blanche qui entre d'un pas décidé :
- "Alors ma petite dame, on fait des folies de son corps ? Je suis le Docteur Machin".
Je jette vite fait un coup d'oeil à sa blouse qui me confirme son identité (des fois qu'il y aurait erreur sur la personne) et je réponds à ses questions :
- "Vous vous êtes fait ça comment ? " : je réexplique
- "Vous travaillez ?"
- "Non je suis retraitée depuis le 1er juillet"
Au bout de 5 minutes de consultation, m'ayant trituré la jambe dans tous les sens (là je me dit au moins je n'ai rien de cassé), il m'informe que mes rotules sont très souples, qu'effectivement mon genou droit est enflé mais se veut rassurant, tout ceci sans avoir passé la moindre radio :
- "Il s'agit d'une simple élongation musculaire, dans 3 semaines tout devrait rentrer dans l'ordre. Néanmoins si dans ce laps de temps vous avez toujours des symptomes, il faudra nous recontacter. Je vous fais une prescription pour des antalgiques, une orthèse pour une bonne immobilisation et une paire de cannes anglaises pour vos déplacements de la vie quotidienne. Mettez du froid sur votre genou pour réduire l'inflammation. Les petits pois congelés, c'est parfait."
J'ai bien failli lui demander s'il fallait des fins ou des extra-fins, mais bon je n'avais pas trop envie sur le moment de faire de l'humour.
- "Bon, vous travaillez"
- "Non, je SUIS A LA RETRAITE",
- "Ah oui, vous me l'avez déjà dit"
- "Donc vous ne vous êtes pas blessée dans le cadre de votre travail ?"
- "Non, l'EQUITATION C'EST POUR MOI UN LOISIR"
- "Bon, je fais mettre tout ça par écrit. Je reviens vers vous et je vous libère"
J'ai dû patienter encore 30 minutes environ. J'ai retrouvé en clopinant mon mari dans la salle d'attente presque étonné de me voir revenir aussi vite. Il faut dire qu'après 37 ans de SAMU, il en a vu et entendu de toutes les couleurs. Nous sommes rentrés à la maison vers 16 h 15, j'étais épuisée comme si j'avais fait une course d'endurance.

La leçon à retenir : toujours vérifier les choses plutôt deux fois qu'une, cela peut éviter une foule de désagréments et une perte de temps inutile (même lorsqu'on est retraitée et que du temps, on en a).